La cabane était toujours là. Bancale, trouée, moisie, mais toujours fidèle à son poste en haut de l'arbre rouge où autrefois venaient jouer tous les petits diablotins. Exe se rappelait du jour où ses copains et lui avaient décidé de construire un repère secret. La grossière maison de bois n'avait certes pas été d'une discrétion flagrante mais elle avait rempli son rôle de repère de manière exceptionnelle. Le diablotin se remémora les fous-rires, les recherches de branches tournant souvent à la bataille, les douleurs mineures mais multiples dûes aux couteaux ou clous et l'assemblage final de leur magnifique oeuvre architecturale. Oh oui, ils avaient fiers ! Et Exe se tint là, immobile devant les vestiges de sa jeunesse révolue mais oh combien regrettée. Il était revenu sur le terrain de jeux de son enfance comme on va à un pélerinage, des larmes aux coins des yeux et des souvenirs plein la tête. Bien sûr, il allait rendre visite à sa famille et à quelques connaissances restées dans les environs, mais tout cela n'est qu'un prétexte pour se morfondre en paix avec sa nostalgie; se rappeler à lui-même que désormais il était seul, triste et sans le sou. De quoi déprimer pour toute une vie, pensa-t-il en reprenant le chemin menant au Coin des Diablotins. Tandis qu'il marchait, il ne cessait de remettre en question ses choix de vie, sa solitude, son talent couturier, le nom de sa boutique, l'achat la veille d'une jolie casserole orange un peu chere... Perdu dans ses pensées d'un incommensurable sérieux, Exe ne remarqua la branche qui barrait sa route qu'après se l'être prise violemment en plein milieu du front. Un cri presque animal s'échappa de ses jolies lèvres et il porta ses deux mains à sa tête pour atténuer la douleur. Quand il les retira, elles dégoulinaient de sang. La blessure en elle-même n'était pas si grave mais à la vue de l'hémoglobine qui coulait gaiement de son front et maculait ses mains, Exe tourna de l'oeil et s'écrasa pitoyablement au sol.